Cherreads

Chapter 10 - CHAPITRE 10 Après la tempête

La pluie tombait finement.

Akai était allongé sous un abri effondré. La cheffe de l'Eau était assise à côté de lui. Aira dormait un peu plus loin, épuisée.

Le silence était lourd.

— Pourquoi… il me déteste à ce point ? murmura Akai.

Elle ne répondit pas tout de suite.

Puis elle posa deux doigts sur son poignet.

— Sens.

Il fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Ton pouls.

Il obéit.

— Il est irrégulier.

— Non, dit-elle calmement. Il réagit.

Elle leva légèrement la main.

Une petite goutte d'eau se forma au-dessus de sa paume.

Elle la laissa tomber sur le sol.

L'impact produisit une onde minuscule.

— Chaque chose crée une onde, Akai.

Elle fit apparaître un mince filet d'eau autour de son bras.

— Ton corps est composé d'eau. Environ soixante-dix pour cent.

L'eau autour de lui vibra légèrement.

— Chaque émotion. Chaque choc. Chaque peur.— Chaque pensée intense crée une vibration.

Elle posa sa main sur son torse.

L'eau dans l'air sembla frémir.

— Ces ondes traversent ton corps avant même que ton cerveau ne comprenne ce qui se passe.

Akai déglutit.

— Et… le sceau ?

Son regard se fit plus sombre.

— Le sceau ne retient pas seulement une entité.

Un silence.

— Il perturbe tes ondes.

Elle fit apparaître deux sphères d'eau.

Elle les rapprocha.

Elles commencèrent à vibrer à des rythmes différents.

Puis à entrer en résonance.

L'eau se troubla.

— Lorsque deux fréquences incompatibles se rencontrent…— L'eau perd sa stabilité.

Les sphères éclatèrent.

— Si le démon impose sa vibration à la tienne…— Ton corps finira par ne plus distinguer ce qui est toi… de ce qui ne l'est pas.

Akai sentit un frisson.

— C'est pour ça qu'il veut me tuer ?

— Oui.

Elle détourna les yeux.

— Parce qu'il pense que ton existence est une onde qui finira par contaminer le reste.

Un silence.

Puis elle ajouta plus bas :

— Et il n'a peut-être pas entièrement tort.

Akai resta immobile.

La pluie continuait de tomber.

Mais pendant un instant…

Il eut l'impression qu'elle tombait en rythme avec son cœur.

Plus loin.

Très loin.

Au sommet d'un immeuble noir, une silhouette observait la ville.

Elle n'avait pas de forme stable.

Comme une distorsion dans l'air.

Comme une absence.

La pluie ne la touchait pas.

Elle passait à travers.

Deux points pâles brillaient là où auraient dû se trouver des yeux.

— Il a survécu.

Sa voix n'était pas un son.

Plutôt une vibration.

Comme un écho dans l'eau profonde.

Autour d'elle, l'air ondulait.

— La fréquence augmente.

Elle leva une main — ou quelque chose qui en tenait lieu.

L'eau stagnante dans une gouttière voisine se mit à frémir.

— L'éclipse approche.

Un léger rire.

Pas moqueur.

Curieux.

— Voyons jusqu'où l'onde peut se propager.

La silhouette s'effaça.

Mais avant de disparaître complètement—

Un reflet apparut dans une flaque d'eau.

Ce n'était pas le visage d'Akai.

Ce n'était pas celui du démon.

C'était quelque chose d'autre.

Plus ancien.

Plus vaste.

Puis la flaque redevint normale.

La pluie continua de tomber.

Le lendemain le soleil se levait doucement sur la côte. Les rayons du soleil se reflétaient sur les vagues, et l'air salé apportait un calme presque irréel après la tempête de la nuit précédente.

Akai marchait seul sur le sable humide. Les traces de ses pas se faisaient engloutir par la marée, effaçant peu à peu ses marques, comme pour lui rappeler que tout était en mouvement — que tout pouvait changer.

Il s'assit face à la mer, les genoux repliés, et ferma les yeux. Le bruissement des vagues, le vent caressant ses cheveux, chaque détail semblait résonner dans son corps comme une vibration subtile mais précise.

— Respire, murmura-t-il pour lui-même. Sens… l'eau. Sens ce qu'elle retient.

L'eau autour de lui semblait presque vivante. Il la percevait dans chaque cellule, chaque onde de son corps. Les émotions, les peurs, les souvenirs de l'affrontement avec le maître de la Foudre… tout flottait en lui, prêt à se condenser en énergie.

Il entra en méditation. Les bras le long du corps, les mains ouvertes vers la mer, il se concentra sur ses ondes internes, sur leur rythme, sur la manière dont elles résonnaient avec l'eau autour de lui. Il expérimenta des mouvements subtils, testant comment créer des flux harmonieux sans perturber son équilibre.

Au loin, la plage était silencieuse. Les vagues frappaient doucement le rivage, et le monde semblait tenir sa respiration.

Pendant ce temps, les autres maîtres parcouraient la ville. Le maître du Feu inspectait les ruines, brûlant les corps corrompus laissés par les démons, tandis que le maître de la Terre sondait les fissures et les impacts, cherchant des traces de passage des créatures. L'air semblait plus lourd à mesure qu'ils progressaient, et le maître de l'Air scrutait les cieux, attentif à tout mouvement suspect.

— Ils ne sont pas partis… murmura-t-il, le vent sifflant à ses oreilles.

De retour sur la plage, Akai sentit une présence légère derrière lui, presque imperceptible. Il n'ouvrit pas les yeux. Il savait que ce moment était pour lui, pour retrouver son équilibre avant le prochain combat.

Le soleil monta plus haut, illuminant les vagues qui dansaient devant lui. Chaque éclat, chaque reflet était une note dans la symphonie de l'eau. Akai inspira profondément, sentant ses ondes se stabiliser, se synchroniser avec le monde qui l'entourait.

— Je dois être prêt, pensa-t-il. Pas seulement pour eux… mais pour protèger les personnes qui me sont chères.

Akai flottait légèrement sur l'eau, assis en position de méditation. Le sable était sous ses pieds, mais il ne sentait presque rien. Chaque goutte, chaque vague semblait s'animer autour de lui, comme si la mer elle-même respirait à son rythme.

Il inspira profondément, laissant les ondes circuler dans son corps. Chaque mouvement de l'eau racontait une histoire : la pluie de la nuit dernière, les éclairs violets, les cris de la ville. Il pouvait presque sentir les émotions des habitants, leurs peurs, leurs espoirs… tout conservé dans l'eau.

— Il faut que je contrôle tout ça, murmura-t-il. Sinon… je finirai par me perdre moi-même.

Akai commença les exercices : créer des vagues concentriques, manipuler des sphères d'eau, faire tourbillonner le liquide dans des motifs de plus en plus complexes. Chaque mouvement était accompagné d'une attention extrême à ses propres ondes internes. S'il perdait le contrôle, il sentait immédiatement l'instabilité parcourir son corps.

— Lentement… toujours en phase, pensa-t-il. L'eau doit obéir, mais sans me déborder.

À l'autre bout de la ville, les maîtres étaient à l'œuvre.

Le maître du Feu inspectait les bâtiments détruits, ses flammes brûlant les résidus corrompus des démons.

— Ils ne peuvent pas rester cachés longtemps, murmura-t-il, le visage tendu.

La Terre, quant à elle, sondait les structures et le sol, détectant les vibrations et les fissures, traçant la route des démons et découvrant des zones de corruption laissées derrière eux.

L'Air, léger et rapide, parcourait le ciel, scrutant chaque mouvement, chaque perturbation dans les nuages et les vents.

De retour sur la plage, Akai sentit la fatigue s'installer, mais également la clarté. Il avait repoussé ses limites et chaque exercice le rapprochait un peu plus de la maîtrise complète de son élément.

— Demain, je dois pousser encore plus loin… pensa-t-il. Plus loin que je n'ai jamais été.

Dans la ville, les maîtres continuaient leur enquête. Des traces de démons subsistaient dans les ruines, mais les informations qu'ils récoltaient commençaient à dessiner une image inquiétante : la menace était plus vaste et plus complexe qu'ils ne l'avaient imaginé.

La mer se reflétait des teintes orangées du soleil couchant. Le monde respirait un instant, calme, mais la tension restait palpable.

More Chapters