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Chapter 71 - **Est-ce Que Tu Me Vois ?**

# Est-ce que ça aussi ça a été écrit ?

## Chapitre 1 — Le fou qui savait

J'ai sept ans la première fois que je le dis à voix haute.

« On me regarde. »

Ma mère rit, un peu gênée devant les autres parents. Elle pense que c'est un jeu, une phrase d'enfant qui a trop d'imagination. Je n'insiste pas ce jour-là. Mais le soir, allongé dans mon lit, je sens encore ce regard, posé sur moi comme une main qui ne me touche jamais tout à fait.

Ça ne s'arrête pas. Les mois passent, puis les années, et je continue à le dire — à l'école, à mes amis, à quiconque veut bien m'écouter deux minutes.

« Il y a quelqu'un qui me regarde. Tout le temps. Même quand je suis seul. Surtout quand je suis seul. »

Au début, on me demande si je vais bien. Puis on arrête de demander. Puis on commence à éviter mon regard quand j'en parle, comme si ma folie pouvait être contagieuse rien qu'en la regardant en face. Le mot « fou » circule dans mon dos avant de finir par m'être dit en face, un jour, par un garçon plus grand que moi, dans la cour.

« T'es vraiment un grand malade, tu sais ça ? »

Je ne réponds rien. Qu'est-ce que je pourrais dire ? Que je le sais depuis toujours et que ça ne change rien au fait que le regard est toujours là ?

Alors j'apprends à me taire.

Ce n'est pas facile au début. Le silence a un goût de défaite. Mais avec le temps, il devient une habitude, puis une seconde peau. Je grandis avec ce secret plié bien serré au fond de moi, et j'apprends à vivre à côté de lui plutôt que dedans.

C'est là que les choses changent — doucement, presque imperceptiblement.

Je commence à remarquer des détails. Une conversation qui s'arrête pile au bon moment. Un silence qui tombe juste avant une phrase importante, comme s'il fallait laisser respirer l'instant. Une fois, dans un couloir, je sais — je *sais* — qu'un objet va tomber d'une étagère avant même de tourner la tête. Il tombe.

Ce n'est pas de la prémonition. C'est autre chose. C'est comme si je connaissais déjà le rythme de ma propre histoire, comme un acteur qui aurait lu le script sans se souvenir de l'avoir lu.

« Tu répètes toujours les mêmes phrases, » me dit un jour un ami, à moitié en plaisantant. « On dirait que t'as un texte tout prêt. »

Je souris, mais quelque chose se serre en moi. Parce qu'il n'a pas tort. Il y a des jours où j'ai l'impression de réciter ma propre vie plutôt que de la vivre.

Je me dis que c'est dans ma tête. Que je cherche des motifs là où il n'y en a pas, parce qu'un enfant qu'on a traité de fou pendant des années finit par se méfier de sa propre perception. Je me convaincs, tant bien que mal, que le regard n'était qu'une phase, un vestige d'enfance mal digéré.

Je me trompe.

Le regard n'est jamais parti. Il a juste attendu.

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